Jeunes mamans ou femmes actives, les femmes prennent davantage soin de leur corps. Christine Bataillon, kinésithérapeute dans le XII e arrondissement de Paris, explique pourquoi elles très nombreuses effectuer des séances de rééducation périnéale.
Quel âge ont vos patientes?
Je reçois des patientes de tous âges et de tous horizons mais le plus fréquemment, ce sont des jeunes mamans et des quadragénaires. Cela dit, je reçois aussi des personnes n’étant plus en activité professionnelle.
Pour quelles raisons majeures viennent-elles vous voir ?
Les quadragénaires viennent au sujet de troubles urinaires. Les jeunes mamans viennent parce qu’elles ont entendu le conseil délivré par la maternité. Aujourd’hui, peu de femmes ne connaissent pas la rééducation périnéale. La plupart des jeunes mamans savent que la rééducation périnéale post partum existe. On leur conseille de faire une visite post-natale auprès de leur gynécologue afin qu’il valide la nécessité d’effectuer des séances. Dans l’idéal, mieux vaut sortir de la maternité avec son ordonnance et la faire « revalider » deux mois après l’accouchement environ, juste avant de commencer les séances.
Quelles causes peuvent expliquer les fuites urinaires ?
Chez les jeunes mamans, les fuites urinaires sont souvent liées au processus de la grossesse et à l’accouchement par voie basse. Les épisiotomies peuvent également être génératrices de troubles urinaires mais la modification du corps qu’entraîne le poids de bébé, le fait qu’il puisse appuyer beaucoup sur cette zone y sont aussi pour beaucoup.
Chez les « quadra », leur apparition est souvent liée au fait qu’elles n’ont pas fait de rééducation périnéale post-partum avant de reprendre une activité sportive. Ces troubles sont souvent le symptôme d’une incontinence à l’effort. Certaines femmes n’ont peut-être pas pris le temps de s’occuper assez de leur corps après l’accouchement ou n’ont pas été sensibilisées de la même façon qu’aujourd’hui à l’importance des séances de rééducation.
En ce qui concerne les mères, sont-elles le plus souvent multipares, mères de jumeaux ou triplés?
Les mamans sujettes aux fuites ne sont pas plus multipares ou autre. Pour la plupart d’entre elles, les troubles proviennent d’un accouchement qui a pu poser problème, mais pas nécessairement le premier, bien que celui-ci puisse être parfois plus difficile et déclencher l’apparition de fuites. Quelquefois, cela disparaît naturellement et donc les femmes ne font rien en post-partum. Parfois, cela se manifeste quelques mois plus tard, lorsqu’elles reprennent le rythme d’avant bébé….
Par qui vos patientes sont-elles envoyées : leur généraliste, leur gynécologue ou une amie ?
La plupart du temps, elles sont envoyées par leur gynécologue. Mais parfois, lorsqu’elles ont une ordonnance de sortie, elles ne sont pas toujours très motivées pour commencer leurs séances et c’est une amie ou leur maman qui les poussent un peu à ce moment-là.
Combien de temps attendent-elles avant de venir vous voir ?
Les jeunes mamans viennent généralement me voir autour des trois mois qui suivent l’accouchement. Les mères de familles avec des enfants plus grands mettent du temps à sauter le pas souvent pour des questions d’emploi du temps car il n’est pas toujours évident de se dégager un peu de temps pour soi!
Abordent-elles facilement le sujet des fuites urinaires avec vous?
Bien sûr, elles abordent le sujet très facilement et très naturellement. Nous avons maintenant plus de 20 ans de recul sur la question. Certaines femmes parlent même de leurs fuites par téléphone lorsqu’elles prennent rendez-vous.
Quel impact les fuites ont-elles sur vos patientes ?
Les fuites n’ont pas un impact trop important en général même si les « quadra » les perçoivent comme un signe de vieillissement : elles se rendent compte qu’elles n’ont pas géré cela quand elles étaient plus jeunes alors que c’était latent. Elles sont également nombreuses à penser que l’accouchement est le grand responsable surtout lorsqu’elles ont eu une épisiotomie, ce qui n’est pas toujours le cas.
Le ressenti de la personne est primordial : certaines femmes sont inquiètes alors qu’elles n’ont eu qu’une petite fuite dans leur vie. Le vécu des femmes n’est pas toujours corrélé à l’importance réelle des fuites. Il est essentiel de tenir compte de ce qu’elles décrivent car leur gêne sera complètement différente en fonction des cas.
Comment se déroule la première séance ?
La première séance nous permet d’effectuer un bilan.On fait le tour de la question, Je m’attache aux symptômes et à la manière dont ils sont décrits ; Je remplis un dossier médical classique (nombre d’accouchement, poids du bébé, habitudes au niveau des mictions…), pour voir s’il n’y a pas de gros problèmes puis je m’intéresse au mode de vie et aux habitudes alimentaires pour voir si l’on peut améliorer l’hygiène de vie. Enfin, j’effectue un examen attentif du périnée, avec des exercices, pour voir si et comment la personne arrive à le contracter et si elle a de bons muscles. La rééducation (choix des techniques, rythme des séances…) se fait en fonction de ce que l’on a trouvé.
Les mouvements que vous préconisez peuvent-ils atténuer les soucis de fuites urinaires ou les faire totalement disparaître?
Les résultats de la rééducation périnéale sont variables. Normalement, 70 à 80% des femmes concernées connaissent une amélioration. Cela dépend du contexte. Les résultats dépendent de l’ancienneté et du type d’incontinence. Non, la sévérité du trouble n’est pas en rapport avec l’âge mais bien avec l’ancienneté du problème.
Au bout de combien de séances peut-on envisager une amélioration ?
Il faut en moyenne une quinzaine de séances pour obtenir une bonne récupération musculaire sur un problème ancien ou important et environ 10 séances dans les autres cas. Plus la composante musculaire est forte, plus la rééducation est efficace.
Au bout de dix séances, un petit changement doit pouvoir être constaté, quel que soit le rythme des séances, sauf, bien sûr, s’il est totalement irrégulier. L’idéal est de pouvoir programmer au moins une séance par semaine. Deux, c’est très bien, mais ce n’est pas toujours évident.
Si aucun progrès significatif n’est constaté au bout de dix séances, peut être vaut-il mieux envisager une autre solution. La rééducation est la plus efficace dans le cas d’incontinence à l’effort et d’hypersensibilité vésicale.
Faut-il poursuivre en s’exerçant chez soi entre deux séances ?
Je conseille aux femmes de continuer les exercices notamment lors de situations nécessitant une adaptation du périnée à l’effort, dès que je suis sûre qu’elles savent contracter correctement et qu’elles savent tenir l’effort dans la durée.
Doit-on envisager par la suite des séances d’entretien ?
On peut envisager des séances d’entretien ou de refaire une petite quantité de séances l’année suivante mais cela n’est pas du tout systématique. Je préfère mettre un peu de distance entre les séries de façon à ce que la patiente ait le temps de progresser elle-même, pour avoir un gain par rapport à l’année précédente.
La rééducation peut être reproposée quelques années après ; on peut aussi suggérer une démarche de chirurgie ou conseiller l’utilisation de protections dans des circonstances particulières… Lorsque l’on porte un joli pantalon blanc et que l’on souhaite danser le rock par exemple, il faut pouvoir s’amuser l’esprit tranquille ! De gros progrès ont été faits dans ce domaine et les protections très discrètes peuvent permettre de rester sûre de soi.
La rééducation peut-elle être efficace à n’importe quel moment de la vie
d’une femme ?
La rééducation peut être efficace à n’importe quel âge, car les femmes ne savent pas toujours faire fonctionner correctement leurs muscles ; Elles peuvent en faire l’apprentissage à tout moment. Pour plus de renseignement, les femmes peuvent se connecter sur le site de l’association dont je fais partie l’ARREP (association réseau rééducation périnéale) : www.journees-perineologie.com